L'ANTI-CRI - PAR TSCHANN

20 mai 2010

 

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En ces temps apocalyptiques, l'exposition que consacre la Pinacothèque de Paris sur le peintre Edvard Munch se positionne, au pire, comme l’exorcisme des tentatives avortées, des espoirs déçus, des échecs multiples, des rencontres ratées et de l’amour défait. Heureusement, Le cri, tableau phare du peintre, brille par son absence...

 

La logique demeure dans une matière cruelle, celle qui s’échappe à l’infini, indomptable et rédemptrice. Edouard Munch ne fait que lamentablement ajouter ce qu’il nomme son traitement de chevalpasser les tableaux aux épreuves de la pluie et du vent pour reformuler l'émotion... Si peu présageait de l’immense reconnaissance de cet artiste au génie plus que confus, souterrain, né à la fin de l’année 1863, à Löten, dans la petite bourgeoisie norvégienne. L'artiste peint ses premiers paysages non loin de la ville d’Oslo nommée selon l'ancienne graphie latine Christiania (de 1624 à 1924) ou plus communément Kristiania. Puis, il méprise les fjords norvégiens pour se consacrer aux humains d’où, à ses yeux, une vitalité parfaitement adaptée à la vie de bohème se dégage tout naturellement. Après un passage dans l’atelier du peintre académique Léon Bonnat, à Paris, il expose 55 tableaux, en 1892, à Berlin, mais est sommé, au bout d’une seule semaine, de tout décrocher. En effet, ses lithographies, gravures et peintures racontent la banalité informe de la maladie, acheminant malicieusement une sexualité maudite... En témoignera, deux ans plus tard, la lithographie susnommée Vampire... Dès 1895, sa série de lithographies faussement intitulée La Madone trace un chemin d’angoisse pure... Attraction I, lithographie de 1896, montre une femme et un homme privés de tube digestif, perdus dans un paysage vincien, trop savant. Ce père de l'expressionnisme et du fauvisme n’est pas là, sans paradoxe. Ses tréfonds lui interdisent la protection bienveillante du collectionneur Max Linde, présenté par le mystique amoureux de l’art, Albert Kollmann. Celle-ci apparaît comme trop obscène par cette âme vouée à la déconstruction face à la seule apothéose possible. Les lithographies, en noir et blanc, du parc de la propriété Linde, comme Le Jardin de Nuit, avec celles des portraits de famille, comme Les quatre Fils du Docteur Max Linde, successivement datées de 1902 à 1904, sont saisissantes de précision et marquent une gestuelle néo-romantique qu'exceptionnelle... Le grand collectionneur de Rodin, Degas, Böcklin et autre Manet ne peut que se séparer de l’artiste devant une évolution qu’il voit regrettablement inégale. Edvard Munch défend le pauvre en étant sauvage et se fait fauve par civisme... Aussi, il exécute deux frises, de 22 panneaux chacune, l’une sur l’amour, l’angoisse et la mort, La Frise de la Vie, exposée dans sa totalité à la Sécession Berlinoise de 1902,  à laquelle Le Cri appartient et une autre, pour la cantine des ouvriers de l’usine de chocolat Freia, de Christiania, terminée en 1920. Ici, l'enfer s’emprunt d'une catharsis naturelle, devenue salvatrice. Certaines lithographies de ces frises sont visibles au gré de l’exposition. Les grands portraits à l’huile, d’Annie Stenerson, en 1934, ou bien encore d’Anton Brünings, en 1919, élégants éclatants de couleurs fauves, même après un éventuel traitement de cheval, offrent aux spectateurs un contraste surprenant. L'exorcisme aurait donc lieu dans la haute société, après avoir gagné une bataille, condition de sa réussite... Exception faite dans un temps despotique, puisque toutes les œuvres du peintre, qualifiées de dégénérées, furent retirées des musées allemands. Il meurt au début de l’année 1944, non loin d'Oslo, à Ekely, léguant plus d’un millier d’œuvres, achevant une vie qui lui donna de rencontrer le philosophe anarchiste norvégien Hans Jæger et le dramaturge suédois August Strindberg.

 

 

 

 

 

 Exposition "Edvard Munch ou l'Anti-Cri" du 19 février 2010 au 8 Août 2010

 

Posté par morphyse à 19:05 - Permalien [#]